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Choisir un format de fichier, c’est choisir ce que l’on accepte de perdre

Chaque format tranche un compromis entre poids, fidélité et compatibilité. Voici ce que perd réellement chaque conversion, et le format à choisir selon que le fichier doit être lu, modifié ou archivé.

En bref

Un format de fichier tranche toujours le même arbitrage : poids, fidélité, compatibilité. Les formats avec perte comme le JPEG ou le HEIC jettent de l’information à chaque enregistrement, définitivement ; les formats sans perte comme le PNG gardent tout et pèsent bien plus lourd. Le choix se déduit de la destination du fichier : un document à lire devient un PDF, un document à modifier reste dans un format bureautique ouvert, une image à retoucher ne repasse jamais par une compression avec perte. En France, l’administration attend l’ODF pour le révisable et le PDF/A pour l’archivage.

Sommaire

Vous joignez un justificatif à un formulaire en ligne. Le site refuse : « format non accepté ». Vous renvoyez la même photo depuis un autre appareil, elle passe. Plus tard, un service vous demande un document « non modifiable », et vous envoyez un PDF que le destinataire modifie en trois clics. Entre les deux, une photo de vacances recadrée cinq fois a pris un aspect granuleux dont personne ne vous a expliqué la cause.

Ces trois situations ont la même racine. Un format de fichier n’est pas une étiquette, c’est un arbitrage figé entre trois grandeurs qui ne peuvent pas gagner ensemble : le poids, la fidélité et la compatibilité. Choisir un format revient à décider ce que vous acceptez de perdre.

Une fois cet arbitrage compris, la douzaine de formats que l’on croise réellement se range d’elle-même, et la question « en quoi je l’enregistre » se répond par une autre : ce fichier doit-il être lu, modifié, ou conservé dix ans ?

Avec perte ou sans perte : la distinction qui commande tout le reste

Une compression sans perte réduit la taille en éliminant la redondance, et restitue exactement les données d’origine. C’est le principe du ZIP, du PNG et de l’algorithme DEFLATE qu’ils partagent. Décompresser rend le fichier au bit près.

Une compression avec perte fait autre chose : elle supprime de l’information que l’œil ou l’oreille perçoivent mal, et cette information ne revient jamais. Le JPEG découpe l’image en blocs de huit pixels sur huit, décrit chaque bloc par des fréquences, puis arrondit les plus fines. C’est pourquoi les artefacts apparaissent d’abord autour du texte et des contours nets, là où les hautes fréquences dominent.

La conséquence pratique est la perte générationnelle. Chaque ouverture suivie d’un enregistrement relance l’arrondi sur une image déjà arrondie. Dix cycles de recadrage et de sauvegarde sur un JPEG produisent une dégradation visible, alors qu’un format sans perte aurait absorbé les mêmes manipulations sans rien changer.

Les images : quatre formats, quatre usages qui ne se chevauchent pas

Le tableau suivant donne l’ordre de grandeur du poids pour une même photographie de 12 mégapixels, et l’usage auquel chaque format est réellement adapté.

FormatCompressionTransparencePhoto 12 MpxBon usage
JPEGAvec perteNon3 à 5 MoPhotographies destinées à être partagées ou publiées
HEICAvec perteOui1,5 à 2,5 MoPhotos prises par un téléphone récent, stockage local
PNGSans perteOui15 à 25 MoCaptures d’écran, logos, images avec du texte
WebP et AVIFLes deux modesOui1,5 à 3 MoImages destinées à un site web
SVGSans objet, vectorielOuiSans objetLogos et schémas redimensionnables sans perte
RAW ou DNGSans perteNon20 à 30 MoRetouche sérieuse à partir des données brutes du capteur

Deux erreurs reviennent sans cesse. La première consiste à enregistrer une photo en PNG « pour ne pas perdre de qualité » : le fichier est cinq fois plus lourd sans gain visible, parce que la dégradation avait déjà eu lieu dans l’appareil. La seconde consiste à enregistrer une capture d’écran en JPEG : le texte se retrouve entouré d’un halo caractéristique, alors que le PNG l’aurait rendu net et plus léger.

Le HEIC mérite une mention particulière. C’est le format par défaut des iPhone depuis 2017, et il offre une qualité comparable au JPEG pour environ la moitié du poids. Son seul défaut est la compatibilité avec les logiciels anciens. Le réglage « Le plus compatible » de l’appareil photo bascule la prise de vue en JPEG, au prix d’un doublement de l’espace occupé, ce qui pèse vite sur un téléphone dont le stockage sature.

Le PDF contient soit du texte, soit la photo d’une page

Un PDF est une description de page : positions, polices, tracés, images. Deux fichiers d’apparence identique peuvent donc avoir des contenus radicalement différents.

Le PDF issu d’un export bureautique contient du vrai texte. Il se sélectionne, se cherche, se copie, et pèse quelques centaines de kilooctets. Le PDF issu d’un scanner ou d’une photo de document contient une image enveloppée dans une page : rien n’est sélectionnable, la recherche ne donne aucun résultat, et le fichier pèse plusieurs mégaoctets. La reconnaissance optique de caractères ajoute une couche de texte invisible sous l’image, ce qui rend le document cherchable sans en changer l’apparence.

Le test prend deux secondes : ouvrez le fichier et essayez de sélectionner un mot. C’est aussi ce qui explique qu’un formulaire administratif refuse parfois un document parfaitement lisible, dont le poids dépasse la limite acceptée.

Pour la conservation longue, il existe une variante normalisée, le PDF/A. Elle interdit tout ce qui rend un PDF fragile dans le temps : polices non incorporées, contenus chargés depuis l’extérieur, éléments exécutables. Un PDF ordinaire fabriqué avec une police exotique peut s’afficher différemment dans cinq ans ; un PDF/A, non. C’est le format à privilégier pour les documents que vous gardez dans votre dispositif de sauvegarde pendant des années.

DOCX ou ODT : ce que l’administration française attend

Les deux formats sont des archives compressées contenant des fichiers XML. Le DOCX repose sur la norme OOXML, l’ODT sur l’Open Document Format, tous deux normalisés à l’international. La différence pratique ne tient pas à la qualité technique mais à la gouvernance : l’ODF est piloté par un consortium ouvert, l’OOXML suit d’abord les besoins d’une suite bureautique précise.

En France, le référentiel général d’interopérabilité, publié par la direction interministérielle du numérique, recommande l’ODF pour les documents révisables échangés avec l’administration, et le PDF ou PDF/A pour les documents non révisables. La loi pour une République numérique de 2016 a par ailleurs défini le standard ouvert et posé sa préférence pour la mise à disposition des documents administratifs.

Cette préférence a une portée concrète pour vous : un document enregistré dans un format ouvert reste lisible même si vous cessez de payer la suite qui l’a produit. C’est l’un des arguments qui pèsent dans le choix entre une licence, un abonnement et un logiciel libre.

ZIP est un conteneur avant d’être une compression

Une archive ZIP réunit plusieurs fichiers et des dossiers en un seul objet, puis compresse chacun d’eux sans perte. Le gain dépend entièrement du contenu. Des textes, des tableurs ou des fichiers de code perdent facilement la moitié de leur poids. Des photos JPEG, des vidéos ou des MP3 ne gagnent presque rien, puisqu’ils sont déjà compressés : le ZIP sert alors uniquement à regrouper.

Deux détails méritent d’être connus. D’abord, le chiffrement historique du ZIP est faible et cassable ; seules les archives chiffrées en AES par un outil moderne protègent réellement. Ensuite, même dans une archive chiffrée classique, la liste des noms de fichiers reste lisible sans mot de passe, ce qui suffit parfois à trahir le contenu.

Enfin, une archive ne remplace pas une sauvegarde : elle met tous les œufs dans un seul panier, où un secteur endommagé peut rendre l’ensemble illisible. Pour du rangement de masse, mieux vaut réduire l’encombrement à la source, comme décrit dans notre méthode pour libérer de la place sur un ordinateur.

Les métadonnées partent avec le fichier

Un fichier transporte plus que son contenu visible. Une photo emporte ses données EXIF : date et heure à la seconde, modèle d’appareil, réglages, et, si la localisation était active, les coordonnées du lieu de prise de vue. Un document bureautique emporte le nom de l’auteur, l’organisation enregistrée dans le logiciel, parfois les commentaires et les révisions supprimées. Un PDF conserve le nom du fichier d’origine et l’outil qui l’a produit.

Ces informations sont des données personnelles dès qu’elles se rapportent à une personne identifiable, avec les droits qui s’y attachent. La plupart des plateformes sociales retirent l’EXIF à la publication, mais un envoi en qualité d’origine par messagerie, un partage de fichier brut ou une pièce jointe les conservent intégralement.

L’extension ne fait pas le format

L’extension est une convention d’affichage, pas une propriété du fichier. Le contenu réel se reconnaît à ses premiers octets, une signature que les outils appellent nombre magique : un PDF commence par les caractères %PDF, une archive ZIP, et donc un DOCX, par PK, un PNG par une séquence contenant les lettres PNG.

Deux conséquences pratiques. D’abord, renommer un fichier ne le convertit pas : appeler une photo « document.pdf » produira une erreur d’ouverture, pas un PDF. Ensuite, et c’est le point sensible, un fichier peut afficher une extension trompeuse. Windows masque par défaut l’extension des types connus, si bien qu’un fichier nommé facture.pdf.exe s’affiche simplement « facture.pdf » avec, souvent, une icône de document empruntée. C’est un classique des pièces jointes d’hameçonnage, et la raison pour laquelle il vaut la peine d’activer l’affichage des extensions dans les options d’affichage de l’explorateur de fichiers.

Le même raisonnement s’applique aux programmes récupérés hors des circuits officiels, question traitée dans notre article sur la façon de télécharger un logiciel sans se faire piéger.

Le texte brut, le CSV et les pièges d’encodage

Le texte brut est le format le plus durable qui existe, et le seul qui se lira encore sans outil dédié dans trente ans. Son unique difficulté est l’encodage, c’est-à-dire la table qui associe un octet à un caractère.

Quand un fichier écrit en UTF-8 est lu comme du Latin-1, chaque caractère accentué se dédouble en symboles bizarres : « é » devient « Ã© ». Le contenu n’est pas perdu, il est mal interprété ; rouvrir le fichier en imposant le bon encodage rétablit tout. La règle est simple : enregistrez en UTF-8, systématiquement.

Le CSV ajoute un piège franco-français. Le sigle désigne des valeurs séparées par des virgules, mais le français utilise la virgule comme séparateur décimal. Les tableurs configurés en français produisent et attendent donc un point-virgule. Un fichier exporté par un outil anglophone s’ouvre alors en une seule colonne, jusqu’à ce qu’on passe par l’assistant d’importation en choisissant le bon séparateur et l’encodage UTF-8.

Le poids réel d’un envoi, et les limites qui le contraignent

Une pièce jointe n’est pas transmise telle quelle. Elle est convertie en caractères imprimables pour traverser des serveurs conçus pour du texte, opération qui gonfle sa taille d’environ un tiers. Un fichier de 20 Mo pèse donc près de 27 Mo une fois encodé, ce qui explique les refus surprenants alors que la limite annoncée semblait respectée. Le détail de ce trajet est décrit dans notre article sur la circulation d’un courriel.

Deux autres limites méritent d’être en tête. Une clé USB formatée en FAT32, encore fréquente à l’achat, refuse tout fichier dépassant 4 Go, ce qui bloque une vidéo un peu longue : il faut la reformater en exFAT, choix détaillé dans notre comparaison des supports de stockage. Et les tailles annoncées par les plateformes se lisent en gigaoctets décimaux, alors que les systèmes affichent souvent des gibioctets, un écart d’environ 7 % expliqué dans la différence entre Go et Gio.

Le critère à retenir

Avant d’enregistrer, ne cherchez pas le meilleur format, cherchez la destination du fichier. S’il doit être lu tel quel, exportez en PDF. S’il doit être modifié par quelqu’un d’autre, restez dans un format bureautique ouvert. S’il doit être retouché, conservez l’original sans perte et n’exportez qu’à la fin. S’il doit survivre dix ans, choisissez un format ouvert, documenté et normalisé. Le format ne se choisit pas pour le fichier, il se choisit pour ce qui va lui arriver.

Questions fréquentes

Pourquoi la photo que j’envoie par messagerie arrive-t-elle floue ?

Parce que la messagerie la redimensionne et la recompresse pour économiser de la bande passante. Le fichier reçu fait souvent moins de 200 ko contre plusieurs mégaoctets à l’origine, et la perte est irréversible pour le destinataire. La plupart des applications proposent un envoi en qualité d’origine ou en pièce jointe : c’est le seul moyen de transmettre l’image telle quelle. Cette option conserve aussi les métadonnées, date et parfois position, ce qui n’est pas toujours souhaitable.

Faut-il convertir toutes ses photos HEIC en JPEG ?

Non. Convertir revient à décompresser une image avec perte pour la recompresser dans un autre format avec perte, donc à dégrader deux fois pour un fichier plus lourd. Si la compatibilité pose problème, changez le réglage de l’appareil photo pour qu’il produise directement du JPEG, et gardez les photos déjà prises en HEIC. Les systèmes convertissent d’ailleurs automatiquement à l’envoi vers un destinataire qui ne gère pas le format.

Un PDF est-il vraiment non modifiable ?

Non, c’est une croyance tenace. Le PDF est un format de description de page que de nombreux outils savent éditer, y compris pour remplacer du texte. Les restrictions d’impression ou de copie sont de simples indications que le lecteur est libre d’ignorer. Seul un mot de passe d’ouverture chiffre réellement le contenu. Pour prouver qu’un document n’a pas bougé, il faut une signature électronique, pas un PDF.

Quel format envoyer à une administration ?

Un PDF quand le document est définitif, un format ODF quand le destinataire doit le modifier. Le référentiel général d’interopérabilité, publié par la direction interministérielle du numérique, retient l’ODF pour les documents révisables et le PDF ou PDF/A pour les non révisables. En pratique, la plupart des services acceptent aussi les formats bureautiques les plus répandus, mais le PDF reste le seul à s’afficher à l’identique partout.

Les convertisseurs de fichiers en ligne présentent-ils un risque ?

Vous transmettez le document entier à un tiers dont vous ignorez la durée de conservation, ce qui est à éviter pour un bulletin de salaire, un contrat ou une pièce d’identité. Les suites bureautiques et les visionneuses installées savent exporter en PDF ou en ODF sans rien envoyer nulle part. Si vous passez malgré tout par un service en ligne, vérifiez ce qu’il annonce conserver, comme pour tout service hébergé.

Sources et pour aller plus loin

Les liens ci-dessus renvoient vers les textes et les organismes cités. Les dates de consultation sont celles de la dernière relecture, le 13 septembre 2026.