Le bit n’est pas l’octet, et « giga » ne vaut pas la même chose pour un fabricant et pour Windows. Les deux conventions, ce que le formatage prélève vraiment, et les conversions à faire de tête.
La rédaction d’ExpliquePublié le 13 septembre 202611 min de lectureRelu par la rédaction
En bref
Les fabricants comptent en unités du système international : 1 To vaut mille milliards d’octets. Windows, lui, divise par 1 024 à chaque étage et appelle « Go » ce qui est en réalité un gibioctet, d’où les 931 affichés. L’écart n’est pas fixe, il passe de 2,4 % au kilooctet à 9,1 % au téraoctet. Rien n’est perdu à ce stade : la vraie ponction vient ensuite, avec les partitions de service, les tables du système de fichiers et la réserve interne des SSD. Séparez enfin les bits des octets : une ligne à 1 Gbit/s ne transporte que 125 Mo par seconde.
Sommaire
Vous branchez un disque externe neuf. La boîte annonce 1 To, l’ordinateur affiche 931 Go. Aucun fichier caché n’occupe les 69 Go manquants, aucune partition ne les confisque : les deux nombres désignent exactement la même quantité de mémoire, comptée dans deux unités différentes qui portent malheureusement le même nom.
La même collision se répète partout. Un DVD vendu 4,7 Go n’accepte que 4,37 Go de fichiers. Une fibre à 1 Gbit/s ne télécharge pas 1 Go par seconde, elle en télécharge huit fois moins. Un téléphone de 128 Go en propose 114. Un dossier de petits documents affiche une taille dans une colonne et une autre dans la colonne voisine.
Deux idées suffisent à démêler l’ensemble. Le bit n’est pas l’octet, et le préfixe « giga » n’a pas la même valeur selon qui l’écrit. Le reste n’est que de l’arithmétique.
Un octet vaut huit bits, et l’oublier coûte un facteur huit#
Le bit est l’unité élémentaire : il vaut 0 ou 1. L’octet est un paquet de huit bits, donc 256 valeurs possibles, ce qui suffisait à coder un caractère dans les alphabets occidentaux des années 1960. Toute la mémoire des ordinateurs se compte depuis en octets.
En français, le symbole de l’octet est o et celui du bit est b. L’anglais écrit B pour byte et b pour bit, ce qui rend la distinction encore plus fragile à l’œil. Un mégaoctet, Mo, vaut huit mégabits, Mb.
La règle d’usage est stable : ce qui est stocké se compte en octets, ce qui circule se compte en bits par seconde. Les télécommunications ont toujours compté les impulsions sur la ligne, sans se soucier du découpage en paquets de huit. C’est pourquoi les offres d’accès sont libellées en Mbit/s ou en Gbit/s alors que vos fichiers sont libellés en Mo ou en Go.
Divisez donc par huit pour passer du débit annoncé à la vitesse de téléchargement affichée par votre navigateur. Une ligne à 1 Gbit/s plafonne à 125 Mo/s en théorie, et plutôt à 110 Mo/s une fois retirés les en-têtes des protocoles. Une ligne à 100 Mbit/s descend un fichier de 5 Go en sept minutes environ, pas en quarante secondes. Ce que chaque technologie d’accès atteint réellement est comparé dans notre article sur l’ADSL, le VDSL et la fibre. Le débit dont vous avez besoin, lui, dépend des usages simultanés et non de la taille de vos fichiers, comme l’explique notre article sur le débit réellement nécessaire.
« Kilo » vaut mille, sauf pour ceux qui comptent en puissances de deux#
Le système international d’unités est sans ambiguïté : kilo vaut 1 000, méga un million, giga un milliard. Ces préfixes ne dépendent pas de la grandeur mesurée. Un kilogramme fait mille grammes, et un kilooctet devrait faire mille octets.
L’informatique a pris une liberté. Une mémoire s’adresse par lignes binaires : dix lignes donnent 2^10 adresses, soit 1 024. Comme 1 024 ressemble à 1 000, les ingénieurs des années 1960 ont emprunté le préfixe « kilo » pour désigner 1 024 octets. L’approximation coûtait 2,4 %, personne ne s’en est ému.
Elle a cessé d’être anodine quand les capacités ont grandi, parce que l’erreur se multiplie à chaque étage. Au kilooctet, elle vaut 2,4 %. Au téraoctet, elle dépasse 9 %. Au pétaoctet, échelle courante dans les centres de données, elle atteint 11 %, soit plus de cent téraoctets d’écart sur un contrat de mille.
La Commission électrotechnique internationale a tranché en 1998 en créant une famille de préfixes réservés aux puissances de deux : kibi, mébi, gibi, tébi, contractions de « kilo binaire », « méga binaire » et ainsi de suite. En français, cela donne le kibioctet (Kio), le mébioctet (Mio), le gibioctet (Gio) et le tébioctet (Tio). Ces termes figurent dans la norme internationale sur les grandeurs et unités, et dans notre glossaire. Ils restent peu employés hors des documentations techniques, ce qui entretient le malentendu depuis bientôt trente ans.
L’écart n’est pas de 7 %, il grossit à chaque préfixe#
C’est le point que la plupart des explications ratent. Beaucoup de gens retiennent « environ 7 % » parce qu’ils ont raisonné une fois sur des gigaoctets. La règle n’est pas un pourcentage fixe, c’est un rapport de 1,024 élevé à la puissance du rang du préfixe.
Unité décimale
Valeur
Unité binaire
Valeur
Écart
kilooctet (ko)
1 000 octets
kibioctet (Kio)
1 024 octets
2,4 %
mégaoctet (Mo)
1 000 000
mébioctet (Mio)
1 048 576
4,6 %
gigaoctet (Go)
1 000 000 000
gibioctet (Gio)
1 073 741 824
6,9 %
téraoctet (To)
10^12
tébioctet (Tio)
1 099 511 627 776
9,1 %
pétaoctet (Po)
10^15
pébioctet (Pio)
1 125 899 906 842 624
11,2 %
Traduit en capacités courantes : un disque de 1 To affiche 931 Gio, un 2 To affiche 1 863 Gio, un 4 To affiche 3 725 Gio et un 8 To affiche 7 451 Gio. Ce déficit apparent ne dépend ni de la marque, ni de la technologie, ni de l’état du disque. Il dépend uniquement du préfixe utilisé.
Le fabricant applique la norme, c’est l’affichage qui étiquette mal#
Les fabricants de disques comptent en unités du système international, et ils ont raison au sens strict. En France, le système international est le seul système d’unités légal, en vertu du décret relatif aux unités de mesure et au contrôle des instruments de mesure. Un disque vendu 1 To contient bien mille milliards d’octets, et la mention « 1 Go = 1 000 000 000 octets » figure d’ailleurs en petits caractères sur la plupart des emballages, héritage des contentieux de consommation des années 2000.
Le problème vient de l’affichage. Windows calcule en puissances de deux et écrit « Go ». C’est le seul acteur majeur à mélanger les deux conventions dans le même libellé, et c’est aussi le système le plus utilisé, d’où la persistance du malentendu. macOS compte en unités décimales depuis 2009 et affiche donc, pour le même disque, à peu près le nombre imprimé sur la boîte. iOS et Android font de même. Les distributions Linux varient selon l’outil, mais la plupart des gestionnaires de fichiers écrivent des Gio correctement nommés.
Un même disque de 2 To peut ainsi annoncer 2,00 To sur un Mac, 1,81 To sur un PC sous Windows et 1,82 Tio dans un terminal, sans qu’aucune des trois machines ne se trompe dans son calcul. La règle pratique en découle : ne comparez jamais deux capacités lues sur deux systèmes différents.
Sur un téléphone, cet écart s’ajoute à la place occupée par le système, ce qui explique qu’un modèle vendu 128 Go n’en propose que 114. Le détail de cette ventilation figure dans notre article sur le stockage saturé d’un téléphone.
Ce que la capacité perd vraiment, en plus des unités#
La conversion n’explique qu’une partie de l’écart entre la boîte et l’espace libre. Trois prélèvements s’y ajoutent, et ceux-là sont bien réels.
Les partitions de service. Un ordinateur livré avec son système contient une partition de démarrage de quelques centaines de mébioctets, une partition de récupération de plusieurs centaines de mégaoctets, et souvent une image de restauration du constructeur qui pèse plusieurs gigaoctets. Elles n’apparaissent pas dans l’explorateur de fichiers, seulement dans l’outil de gestion des disques.
Les structures du système de fichiers. Un volume a besoin d’un index de ses fichiers, d’un journal des écritures en cours et de tables d’allocation. Comptez de l’ordre de 1 % du volume, davantage sur un disque qui contient des millions de petits fichiers. Certains systèmes réservent en plus une marge à l’administrateur, traditionnellement 5 % sur les volumes Linux, pour qu’un disque saturé reste réparable.
La réserve interne des SSD. Celle-là est invisible et n’a rien à voir avec le formatage. Les puces de mémoire flash sont fabriquées en puissances de deux, alors que le disque n’expose qu’une capacité décimale ronde. Un SSD annoncé 500 Go embarque souvent 512 Gio de flash, soit près de 550 milliards d’octets réels : la différence, de l’ordre de 7 à 9 %, est conservée par le contrôleur pour remplacer les cellules usées et faire respirer le ramassage de miettes. Vous ne pouvez pas la récupérer, et c’est heureux, car elle soutient la performance et la longévité du support. Les technologies concurrentes sont comparées dans notre article sur les SSD, disques durs et clés USB.
Sur un ordinateur portable vendu avec 512 Go, l’addition donne à peu près ceci : 476 Gio affichés par Windows, moins une trentaine de gibioctets pour le système et ses partitions, soit de l’ordre de 440 Gio réellement disponibles au premier démarrage. Si ce chiffre fond ensuite, la méthode de reconquête est décrite dans notre article sur la libération d’espace sur un ordinateur.
Pourquoi dix mille fichiers de 1 ko occupent 40 Mo#
Un disque ne se remplit pas octet par octet. Le système de fichiers le découpe en blocs de taille fixe, appelés clusters sous Windows, et un bloc ne peut appartenir qu’à un seul fichier. La taille par défaut est de 4 kio pour NTFS, pour APFS sur macOS et pour ext4 sur Linux.
Un fichier de 1 ko occupe donc un bloc entier de 4 kio, et trois quarts du bloc sont perdus. Sur dix mille petits fichiers, cela fait 40 Mo consommés pour 10 Mo de contenu. C’est exactement ce que montrent les deux lignes de la fenêtre de propriétés sous Windows, « Taille » et « Taille sur le disque », que presque personne ne compare.
NTFS atténue le phénomène aux deux extrémités : en dessous de quelques centaines d’octets, le contenu d’un fichier est logé directement dans son enregistrement d’index et ne consomme aucun bloc supplémentaire. Au-delà, la règle du bloc entier s’applique sans exception.
Le cas extrême est celui d’exFAT, le format employé par défaut sur les grandes clés USB et les cartes mémoire. Sur un volume de plusieurs centaines de gigaoctets, il choisit des blocs de 128 kio. Un fichier de 1 ko y occupe alors 128 fois sa taille. Une clé de 64 Go remplie de petits documents peut ainsi se déclarer pleine avec quelques gigaoctets de contenu réel, ce qui ressemble à une panne et n’en est pas une.
La parade tient en une phrase : regroupez les petits fichiers dans une archive avant de les transférer. Le choix du format d’archive et ce qu’il conserve ou dégrade sont détaillés dans notre article sur les formats de fichiers essentiels.
La mémoire vive, elle, compte vraiment en puissances de deux#
C’est la distinction que même les initiés confondent. Une barrette de mémoire vive est adressée par un bus binaire, donc sa capacité est nécessairement une puissance de deux. Une barrette vendue « 8 Go » contient exactement 8 Gio, soit 8 589 934 592 octets. Le fabricant écrit Go, mais le chiffre, lui, est binaire.
Autrement dit, 8 Go de mémoire vive et 8 Go de SSD ne désignent pas la même quantité : la première est environ 7 % plus grande que la seconde. La remarque vaut aussi pour la mémoire cache d’un processeur et pour la mémoire dédiée d’une carte graphique.
Un dernier écart déroute les acheteurs. Le gestionnaire des tâches d’un PC équipé de 16 Gio annonce souvent 15,8 Go utilisables. Ce n’est pas une conversion, c’est une réservation matérielle : le circuit graphique intégré et le micrologiciel prélèvent une part de la mémoire avant que le système ne la voie. Le rôle de chaque composant dans la vitesse ressentie est traité dans notre article sur le processeur, la mémoire vive et le SSD.
Trois réflexes suffisent au quotidien, et ils évitent la quasi-totalité des mauvaises surprises à l’achat.
Ces conversions servent d’abord à dimensionner. Un disque de sauvegarde doit accueillir davantage que le volume à sauvegarder, parce qu’une sauvegarde conserve plusieurs versions successives : comptez au minimum le double de la capacité utilisée, davantage si vous gardez un historique long. La méthode complète figure dans notre article sur la règle 3-2-1.
Elles servent ensuite à lire une offre de stockage en ligne. Les quotas sont libellés en unités décimales, et le premier envoi d’une bibliothèque de photos de 200 Go prend plusieurs jours sur une ligne au débit montant limité, contrainte souvent découverte trop tard. Ce que recouvre exactement un quota est expliqué dans notre article sur le fonctionnement du cloud. Pour savoir ce que votre ligne fait réellement plutôt que ce qu’elle promet, appuyez-vous sur notre article consacré à la mesure de débit.
Devant deux nombres qui ne concordent pas, posez trois questions dans l’ordre. Comptent-ils la même chose, des bits ou des octets ? Utilisent-ils la même base, mille ou 1 024 ? Mesurent-ils la capacité brute du support ou l’espace disponible après formatage ? Une de ces trois réponses suffit presque toujours à faire disparaître l’écart, et il ne reste alors rien à réparer.
Questions fréquentes
Mon disque de 1 To affiche 931 Go, puis-je récupérer les 69 Go manquants ?
Non, parce qu’ils n’ont jamais existé. Le disque contient bien mille milliards d’octets, ce que le fabricant écrit 1 To. Votre système les compte par paquets de 1 073 741 824 et obtient 931, mais il appelle ce résultat « Go » au lieu de « Gio ». Les deux nombres décrivent la même mémoire. Le seul espace réellement prélevé est celui des partitions de service et des tables du système de fichiers, de l’ordre de 1 à 2 % sur un disque externe fraîchement formaté.
Pourquoi une clé USB de 64 Go n’affiche-t-elle que 59,6 Go ?
Pour la même raison, avec un préfixe de moins : 64 milliards d’octets divisés par 1 073 741 824 donnent 59,6. S’y ajoute la table d’allocation du système de fichiers, quelques dizaines de mégaoctets. En revanche, si une clé annoncée 1 To n’affiche que 59,6 Go ou refuse d’écrire au-delà d’un certain point, il ne s’agit plus d’unités mais d’une capacité falsifiée par un micrologiciel truqué, un cas fréquent sur les places de marché.
Un forfait mobile de 100 Go, c’est du décimal ou du binaire ?
Du décimal : les opérateurs facturent en unités du système international, comme pour les débits. Le compteur qui fait foi est celui de l’opérateur, pas celui du téléphone. Les deux divergent toujours un peu, parce que le réseau comptabilise aussi les en-têtes des protocoles et les données retransmises, que le système d’exploitation ne montre pas. Un écart de quelques pour cent est normal, un écart de plusieurs dizaines de pour cent mérite une réclamation écrite auprès du service client.
Faut-il écrire Go ou Gio ?
Écrivez Go quand vous parlez d’une capacité commerciale ou d’un volume de données transmis, Gio quand vous citez un chiffre lu dans un explorateur de fichiers Windows ou dans un terminal. Dans un document technique, précisez toujours la convention employée. Le flou n’a pas d’importance pour une photo, il devient coûteux quand on dimensionne un volume de sauvegarde ou une baie de disques, où 9 % d’écart représentent plusieurs téraoctets.
Pourquoi un dossier annonce-t-il deux tailles différentes ?
La fenêtre de propriétés de Windows affiche « Taille », qui additionne le contenu réel des fichiers, et « Taille sur le disque », qui compte les blocs occupés. Comme un bloc ne peut appartenir qu’à un seul fichier, un dossier de petits fichiers consomme bien plus que son contenu. Regrouper ces fichiers dans une archive fait disparaître l’écart, et c’est un des gestes les plus rentables quand vous cherchez à libérer de l’espace sur un ordinateur.
Les liens ci-dessus renvoient vers les textes et les organismes cités. Les dates de consultation sont celles de la dernière relecture, le 13 septembre 2026.
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