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Mises à jour

Une mise à jour a tout cassé : ce qui se désinstalle, ce qui ne se désinstalle plus

Revenir en arrière est facile sur une application, borné à dix jours sur Windows, et définitivement impossible sur un téléphone. Voici pourquoi, ce que le droit européen vous doit, et la marche à suivre.

En bref

La possibilité de revenir en arrière n’est pas une question de volonté mais de niveau. Une application se réinstalle dans sa version précédente, une mise à jour de fonctions de Windows se désinstalle pendant dix jours, un correctif isolé se retire à la main, et une mise à jour de téléphone ou de micrologiciel ne se retire jamais, pour une raison de sécurité. Depuis juin 2025, un fabricant dont la mise à jour dégrade les performances d’un smartphone doit rétablir l’état antérieur gratuitement, sauf accord explicite donné avant l’installation.

Sommaire

Le redémarrage s’est bien passé. C’est après que les ennuis commencent : l’imprimante du réseau a disparu de la liste, le logiciel de facturation affiche une erreur au lancement, et le téléphone qui tenait la journée est à 18 % de batterie à quinze heures. Une seule chose a changé dans les dernières vingt-quatre heures, et elle s’est installée toute seule pendant la nuit.

Le premier réflexe est de vouloir revenir en arrière. La bonne question n’est pas de savoir si vous le voulez, mais si c’est encore possible, et la réponse ne dépend ni de votre habileté ni du système : elle dépend de la couche qui a été mise à jour. Entre une application et un micrologiciel, l’écart va du clic de deux secondes à l’impossibilité définitive.

Le second réflexe, plus coûteux, consiste à couper les mises à jour pour de bon. Il transforme un incident ponctuel en exposition permanente. Entre les deux existe une zone de travail réelle : différer de façon bornée, documenter, réclamer, et réinstaller quand le correctif du correctif arrive.

Avant d’accuser la mise à jour, écartez les deux faux coupables

Une mise à jour majeure déclenche une série de travaux invisibles. Le système réindexe les fichiers pour la recherche, recompile ou revalide les applications, régénère les vignettes des photos, resynchronise les comptes de messagerie et reconstruit ses caches. Sur un appareil bien rempli, cela occupe le processeur par intermittence pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, avec un effet spectaculaire sur l’autonomie et sur la réactivité. Ce n’est pas une panne, c’est un chantier.

Le deuxième faux coupable est la coïncidence. Les mises à jour s’installent la nuit, au moment où rien d’autre n’est observé. Un disque qui arrive en fin de vie, un profil utilisateur corrompu ou une extension de navigateur mise à jour de son côté produisent exactement les mêmes symptômes, et la mise à jour du système reçoit le blâme parce qu’elle est le seul événement visible. Un diagnostic par ressource sépare ces cas en quelques minutes.

Troisième vérification, souvent décisive : l’espace disque. Une mise à jour de fonctions consomme plusieurs gigaoctets et conserve l’ancienne installation. Un disque qui passe sous les 10 % d’espace libre provoque des ralentissements massifs et des échecs d’écriture qui ressemblent à tout sauf à un problème de place. La méthode pour libérer de l’espace sans casser le système s’applique, avec une réserve importante détaillée plus bas.

Trois niveaux de réversibilité, du trivial à l’impossible

Le point que presque personne n’explique : la réversibilité n’est pas une politique commerciale, c’est une propriété technique de la couche concernée.

Ce qui a été mis à jourRetour arrière possible ?CommentDurée de la fenêtre
Application installée par un fichier d’installationOuiDésinstaller et réinstaller la version précédente récupérée chez l’éditeurIllimitée si l’ancienne version est archivée
Application système préinstallée sur AndroidOui, partiellementDésinstaller les mises à jour pour revenir à la version d’usineIllimitée
Correctif mensuel de WindowsOuiHistorique des mises à jour, désinstallation du numéro concernéTant que le correctif n’est pas réinstallé
Mise à jour de fonctions de WindowsOuiParamètres, Système, Récupération, « Revenir »10 jours, et seulement si l’installation précédente est encore là
Version majeure de macOSNon nativementRestauration d’une sauvegarde antérieureDépend de vos sauvegardes
Système d’un téléphone Android ou iOSNonAucune voie officielleNulle
Micrologiciel : carte mère, box, imprimante, objet connectéNon en règle généraleAucune, un déclassement est souvent bloquéNulle

Cette hiérarchie explique une asymétrie de traitement. Sur un ordinateur, le retour arrière est un droit d’usage intégré. Sur un téléphone, le système d’exploitation est un bloc signé que l’appareil vérifie au démarrage, et refuser une version n’est pas prévu. Sur un micrologiciel, la mise à jour réécrit une mémoire dont il n’existe qu’un exemplaire.

La fenêtre de dix jours de Windows, et comment elle se referme toute seule

Après une mise à jour de fonctions, Windows conserve l’installation précédente dans un dossier dédié à la racine du disque, et propose pendant dix jours de revenir dessus depuis les paramètres de récupération. Passé ce délai, le dossier est supprimé automatiquement et l’option disparaît de l’écran. Une commande d’administration permet de porter cette fenêtre jusqu’à soixante jours, à condition de l’exécuter avant l’expiration : DISM /Online /Set-OSUninstallWindow /Value:60.

Le retour arrière conserve les fichiers personnels mais pas les applications installées depuis la mise à jour, ni certains réglages. Il demande aussi le mot de passe du compte tel qu’il était avant. Et il ne règle rien sur le fond : la même mise à jour sera reproposée. Il faut donc l’accompagner d’une suspension bornée, cinq semaines au maximum sur les éditions grand public de Windows, le temps que l’éditeur publie une version corrigée.

Pourquoi un téléphone ne revient jamais en arrière

L’impossibilité de rétrograder un téléphone est régulièrement interprétée comme une contrainte commerciale. C’est une mesure de sécurité, et elle repose sur deux mécanismes.

Le premier est la signature. Le fabricant signe cryptographiquement chaque version du système, et l’appareil refuse d’installer un bloc dont la signature n’est pas valide pour lui. Peu après la diffusion d’une nouvelle version, le fabricant cesse de signer la précédente : elle devient techniquement non installable, même si le fichier circule encore.

Le second est le compteur anti-retour. Chaque version porte un numéro de sécurité croissant, inscrit dans une mémoire que l’appareil ne peut qu’incrémenter, jamais décrémenter. Une fois passé à un niveau donné, l’appareil refuse toute version portant un numéro inférieur. Sans ce verrou, un attaquant ayant un accès physique à votre téléphone pourrait le ramener à une version dont les failles sont publiques, puis les exploiter tranquillement. Le retour arrière serait une porte d’entrée, pas un confort.

La conséquence pratique est simple à énoncer : sur mobile, la sauvegarde remplace le retour arrière. Elle doit être faite avant l’installation, et elle doit être une vraie sauvegarde, pas une synchronisation, qui propagerait le problème au lieu de le contenir. La distinction est développée dans pourquoi la synchronisation ne protège pas. La méthode de conservation, elle, tient dans la règle 3-2-1 appliquée à un particulier.

Ce que le droit européen vous doit quand la mise à jour dégrade l’appareil

Depuis le 20 juin 2025, le règlement européen d’écoconception applicable aux smartphones et aux tablettes contient une disposition peu connue et directement opposable. Lorsqu’une mise à jour de fonctions apportée par le fabricant ou l’importateur a un impact négatif sur les performances de l’appareil, celui-ci doit modifier le système diffusé pour garantir au moins les mêmes performances qu’avant la mise à jour, dans un délai raisonnable, gratuitement et sans causer de gêne importante à l’utilisateur. La seule échappatoire est un consentement explicite donné par l’utilisateur avant la mise à jour, en connaissance de la dégradation.

Le code de la consommation ajoute un second levier, distinct. Pour les mises à jour qui ne sont pas nécessaires au maintien de la conformité, autrement dit les évolutions de fonctions, le vendeur doit vous informer à l’avance sur un support durable et vous indiquer votre droit de les refuser ou de les désinstaller si elles dégradent votre usage. Les manquements à ces obligations sont passibles d’amendes administratives, plafonnées à 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale.

Ce droit de refus ne s’étend pas aux correctifs de sécurité, et il a une contrepartie qu’il faut connaître : la directive européenne de 2019 sur la vente de biens, transposée en droit français, écarte la responsabilité du vendeur pour un défaut de conformité résultant uniquement de l’absence d’installation d’une mise à jour, dès lors qu’il vous a informé de sa disponibilité et des conséquences de son absence. Refuser durablement, c’est sortir du champ de la garantie légale de conformité pour tout ce que la mise à jour aurait corrigé.

La marche à suivre, dans l’ordre

Signaler, à qui et avec quoi

Trois destinataires, trois objets différents. À l’éditeur ou au fabricant, vous signalez un défaut technique : la voie est le formulaire de retour intégré au système, et l’utilité dépend de la précision. Une description reproductible en trois étapes, avec le modèle exact de l’appareil et la version, vaut cent messages de mécontentement.

Au vendeur, vous adressez une réclamation juridique. C’est lui qui répond de la conformité du bien, pas le fabricant, et c’est l’un des points les moins connus du droit de la consommation français. La demande se fait par écrit, en recommandé si le montant le justifie, en indiquant la date de la délivrance, la date d’apparition du défaut et la version installée. Pour un bien neuf, la présomption joue en votre faveur pendant deux ans.

À la DGCCRF, enfin, vous signalez un manquement qui dépasse votre cas : absence d’information préalable sur une mise à jour de fonctions, information absente sur la durée de compatibilité des mises à jour, refus persistant du vendeur. Le signalement ne règle pas votre litige individuel, il alimente le contrôle. Si l’appareil concerné n’est plus couvert par aucune de ces obligations, la question relève de la fin de support et non de la garantie.

Différer sans refuser, et attendre en sachant ce que cela coûte

La suspension des mises à jour est un outil, pas une position. Sur Windows, elle est bornée à cinq semaines sur les éditions grand public, ce qui est précisément le temps qu’il faut pour qu’un correctif défectueux soit corrigé à son tour. Sur mobile, on désactive l’installation automatique le temps de vérifier, pas indéfiniment. Sur un poste qui fait tourner un logiciel professionnel, la pratique raisonnable consiste à retarder les versions majeures de deux semaines et à ne jamais retarder les correctifs de sécurité.

Le coût de l’attente n’est pas nul, et il se compte en jours. Un correctif publié décrit publiquement la faille qu’il répare, ce qui ouvre une fenêtre d’exposition dès sa sortie. Autrement dit, différer un correctif de sécurité pour éviter un risque de dysfonctionnement revient à échanger un risque probable contre un risque certain. Le mécanisme est détaillé dans l’explication de la fenêtre d’exposition. Il vaut aussi pour les équipements réseau, dont la mise à jour du micrologiciel passe souvent par un redémarrage de la box.

Dernier point de vigilance : une panne après mise à jour est un terrain de chasse pour les faux services d’assistance. Une recherche sur le symptôme fait remonter des numéros de téléphone présentés comme un support officiel, qui facturent une prise en main à distance et installent parfois autre chose. Aucun éditeur ne fournit d’assistance par un numéro trouvé dans un résultat de recherche. Les mécanismes de ces mises en scène sont repris dans notre quiz de reconnaissance d’arnaque.

Ce qu’il faut se demander avant d’appuyer sur « Installer »

Deux questions suffisent, et elles se posent avant, pas après. Est-ce que cette couche est réversible chez moi ? Application et correctif mensuel, oui. Version majeure de système sur ordinateur, pendant dix jours. Téléphone et micrologiciel, jamais. Et deuxième question : ai-je une sauvegarde datée d’avant, sur un support déconnecté ? Quand la réponse à la première est « non », la seconde n’est plus une précaution, c’est la seule marche arrière qui existe. Dans une structure professionnelle, ces deux questions font partie du socle de sécurité minimal, au même rang que les mots de passe.

Questions fréquentes

Peut-on désinstaller une mise à jour de sécurité sur Windows ?

Oui, individuellement. L’historique des mises à jour de Windows Update propose de désinstaller une mise à jour qualitative précise, identifiée par son numéro. C’est utile quand un correctif mensuel casse un pilote ou une impression, et cela n’affecte pas le reste du système. La désinstallation est cependant temporaire : le correctif sera reproposé, il faut donc suspendre les mises à jour le temps que l’éditeur publie une version corrigée, puis les réactiver.

Mon téléphone est devenu lent après la mise à jour, que faire ?

Attendez quarante-huit heures avant de conclure. Après une mise à jour majeure, le téléphone réindexe les photos, recompile les applications et resynchronise les comptes, ce qui occupe le processeur et vide la batterie. Si le ralentissement persiste au-delà, vérifiez l’espace libre, qui doit rester au-dessus de 10 % environ, et l’état de santé de la batterie. Les causes réelles sont passées en revue dans les cinq causes d’un téléphone lent.

Puis-je désactiver définitivement les mises à jour pour être tranquille ?

C’est possible techniquement et ruineux en pratique. Un appareil figé accumule des failles publiques dont le nombre ne fait que croître, et le vendeur cesse d’être responsable du défaut de conformité résultant de l’absence d’installation dès lors qu’il vous a informé. La bonne réponse est le report maîtrisé : suspendre les mises à jour pour une durée bornée, corriger le problème, réactiver. Les raisons de ne pas rester en arrière sont détaillées dans ce que contient réellement une mise à jour.

Qui est responsable si une mise à jour rend l’appareil inutilisable ?

Le vendeur professionnel, au titre de la garantie légale de conformité, pendant deux ans à compter de la délivrance pour un bien neuf. C’est contre-intuitif, puisque la mise à jour vient du fabricant, mais le consommateur n’a pas à démêler la chaîne : il s’adresse à celui qui lui a vendu le bien. La démarche se fait par écrit, en datant précisément l’apparition du problème et en indiquant la version installée.

Combien de temps un éditeur met-il à corriger une mise à jour défectueuse ?

Pour un problème massif et reproductible, l’ordre de grandeur est de quelques jours à quelques semaines, parfois quelques heures quand l’éditeur retire purement et simplement la mise à jour de la distribution. Pour un problème qui ne touche qu’une configuration matérielle particulière, le délai peut se compter en mois, voire ne jamais aboutir. C’est pourquoi la première étape utile consiste à chercher si d’autres utilisateurs signalent exactement le même symptôme.

Sources et pour aller plus loin

Les liens ci-dessus renvoient vers les textes et les organismes cités. Les dates de consultation sont celles de la dernière relecture, le 13 septembre 2026.