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Fin de support : ce qui s’arrête vraiment, et les cinq ans que l’Europe garantit

Un appareil hors support continue de fonctionner, et c’est ce qui trompe. Voici ce qui cesse réellement, dans quel ordre les pannes arrivent, les durées garanties en Europe et les quatre options chiffrées.

En bref

La fin de support n’éteint rien : l’appareil démarre le lendemain comme la veille. Ce qui cesse, ce sont les correctifs de sécurité, puis, dans les mois qui suivent, la compatibilité du navigateur, des applications bancaires et des certificats. Le règlement européen d’écoconception garantit depuis juin 2025 cinq ans de mises à jour aux smartphones et tablettes, mais ces cinq ans se comptent à partir du retrait commercial du modèle, pas de votre achat. Quatre options existent, et remplacer l’appareil est rarement la première.

Sommaire

Un cabinet de trois personnes, quatre ordinateurs sous Windows 10, un message plein écran qui revient chaque semaine depuis l’automne 2025 pour annoncer que le système n’est plus pris en charge. Les machines fonctionnent parfaitement. Le devis de remplacement tourne autour de 2 800 euros. Personne ne décide, et le message continue de s’afficher.

C’est la situation typique, et elle vient d’un malentendu sur le mot « support ». La fin de support ne coupe rien. Elle arrête un flux, celui des correctifs, et ce flux est invisible tant qu’il coule. Son interruption ne produit aucun symptôme le jour même, ce qui est exactement le problème : la décision porte sur un risque qui ne se manifeste pas, jusqu’au jour où il se manifeste d’un coup.

Le sujet a changé de nature depuis 2025. Ce n’était qu’une politique commerciale d’éditeur ; c’est devenu une obligation réglementaire européenne, avec des durées minimales, un point de départ précis et des sanctions. Encore faut-il savoir d’où part le compteur, parce que ce n’est pas de la date que tout le monde imagine.

Ce qui s’arrête le jour J, et ce qui ne s’arrête pas

La fin de support est une date à laquelle l’éditeur cesse trois choses : publier des correctifs de sécurité, corriger les dysfonctionnements, et répondre aux demandes d’assistance. Elle ne touche ni aux licences déjà acquises, ni à l’activation, ni aux données. Aucun mécanisme ne désactive le produit.

La confusion vient du vocabulaire des éditeurs, qui distinguent souvent plusieurs étages : fin des nouvelles fonctions, fin du support standard, fin du support étendu, fin des correctifs pour les composants annexes. Un même produit peut donc être « en fin de vie » depuis deux ans tout en recevant encore des correctifs critiques. Seule la dernière date compte pour la sécurité, et c’est celle qu’il faut noter.

L’ordre réel des pannes après la fin de support

La crainte spontanée porte sur l’intrusion. En pratique, pour un particulier, ce n’est jamais le premier symptôme. Les pannes arrivent dans un ordre assez régulier.

Délai après la fin de supportCe qui se dégradeEffet ressenti
ImmédiatPlus aucun correctif de sécurité du systèmeAucun : c’est ce qui rend la décision difficile
6 à 18 moisLes navigateurs cessent de publier des versions pour ce systèmeAvertissements de sécurité, sites qui s’affichent mal
1 à 2 ansApplications bancaires, messageries et applications de transport imposent une version minimaleRefus d’installation ou de mise à jour, compte inaccessible sur mobile
2 à 4 ansAutorités de certification renouvelées, protocoles de chiffrement retirésSites en erreur de certificat, connexions refusées
VariablePilotes absents pour les périphériques récentsImprimante ou casque neuf inutilisable

La quatrième ligne est la plus sournoise. Un système ancien ne connaît pas les autorités de certification créées après lui, et ne gère pas les versions récentes du protocole de chiffrement du web. Les pages commencent à renvoyer des erreurs de certificat sans raison apparente, ce qui pousse l’utilisateur à ignorer ces avertissements par habitude. Le mécanisme de la chaîne de confiance est détaillé dans l’explication du HTTPS et des certificats.

Cinq ans, mais à partir de quand ? La date qui change tout

Le règlement européen d’écoconception applicable aux smartphones et aux tablettes impose, depuis le 20 juin 2025, que les mises à jour du système soient fournies gratuitement pendant au moins cinq ans. La précision décisive tient dans le point de départ : ces cinq ans se comptent à partir de la date de fin de mise sur le marché, définie par le règlement comme la date à laquelle le dernier exemplaire du modèle a été mis sur le marché. Ce n’est ni la date de sortie du modèle, ni la date de votre achat.

Le même règlement fixe deux autres durées utiles à la décision : les pièces détachées doivent rester disponibles au moins sept ans après la fin de mise sur le marché, livrées sous cinq jours ouvrables pendant les cinq premières années puis sous dix jours pendant les deux dernières, et la batterie doit tenir au moins 800 cycles en conservant 80 % de sa capacité. La gestion de la charge a donc un effet direct sur la durée pendant laquelle vous profiterez de ces cinq ans de correctifs.

Deux limites à garder en tête. D’abord, le règlement ne s’applique qu’aux appareils mis sur le marché à partir du 20 juin 2025 : rien de ce qui est en circulation avant n’est concerné. Ensuite, il vise les smartphones, les autres téléphones portables, les téléphones sans fil et les tablettes, pas les ordinateurs. Pour ceux-ci, l’échéance reste fixée par l’éditeur du système. Les critères de choix entre systèmes, y compris la durée de support, sont comparés dans le comparatif Windows, macOS et Linux.

Windows 10 : le sursis, et ce qu’il ne couvre pas

Le support de Windows 10 a pris fin le 14 octobre 2025. Microsoft a ouvert pour les particuliers un programme de mises à jour de sécurité étendues, initialement prévu pour un an, puis prolongé jusqu’au 12 octobre 2027. L’inscription se fait depuis l’écran de mise à jour du système, gratuitement en associant un compte Microsoft, contre un millier de points de fidélité, ou par un achat unique annoncé à 30 dollars en 2025, une licence couvrant jusqu’à dix appareils. Dans l’Espace économique européen, les conditions d’inscription gratuite ont été assouplies après une contestation portée par des associations de consommateurs.

Ce programme livre uniquement les correctifs classés critiques et importants. Il n’apporte ni nouvelle fonction, ni correction de dysfonctionnement, ni assistance technique, et ne prolonge pas le support des logiciels tiers installés sur la machine. C’est un sursis, pas une reconduction.

Le blocage réel n’est pas financier, il est matériel. Windows 11 exige un module de sécurité matériel de version 2, le démarrage sécurisé, un processeur figurant sur une liste de compatibilité et un minimum de mémoire et de stockage. Beaucoup de machines de 2016 à 2018 échouent sur le seul critère du processeur, tout en étant parfaitement capables de faire tourner un système moderne. C’est ce qui transforme une fin de support logicielle en mise au rebut matérielle, et ce que vise le délit d’obsolescence programmée quand la réduction de durée de vie est délibérée.

Les durées garanties, système par système

SystèmeDurée de correctifs de sécuritéPoint de départCe qu’il faut surveiller
Windows 1124 mois par version annuelle en éditions grand public, 36 mois en éditions professionnellesPublication de la versionLe numéro de version, pas le nom du système
macOSEn pratique la version courante et les deux précédentes, soit environ trois ansPublication de la versionLa liste de compatibilité des Mac à chaque nouvelle version
iOSDe l’ordre de cinq à sept ans selon les modèlesSortie du modèleLes correctifs de sécurité livrés séparément aux anciennes versions
AndroidCinq ans minimum pour les modèles couverts par l’écoconception, sept ans annoncés sur plusieurs gammes récentesFin de mise sur le marché du modèleLe niveau de correctif de sécurité, pas la version d’Android
Distributions Linux à support longCinq ans, parfois dix avec un abonnement gratuit pour un usage personnel limitéPublication de la versionLa date de fin annoncée de la version installée

Deux remarques sur ce tableau. La ligne Android est la seule dont la durée est imposée par un règlement plutôt que par une politique commerciale. Et la colonne « point de départ » explique la plupart des surprises : un système dont le compteur part de la publication de la version peut expirer très vite sur une machine achetée tard. Le rappel de la différence entre version majeure et niveau de correctif se trouve dans ce que contient réellement une mise à jour.

Quatre options, du moins cher au plus cher

Une fois la date passée, quatre chemins existent. Le réflexe de remplacement est presque toujours le dernier à examiner, pas le premier.

OptionCoût indicatifPour quiLimite
Réaffecter l’appareil à un rôle sans risqueNulMachine servant à un usage précis, hors ligne ou sur un réseau isoléNe convient pas si l’appareil sert à consulter le web ou la banque
Prolonger via un programme de correctifs étendusDe 0 à quelques dizaines d’euros par appareil et par anGagner douze à vingt-quatre mois pour organiser la suiteCorrectifs de sécurité seulement, durée bornée
Changer de système sur le même matérielNul, hors temps passéUsage navigation, bureautique, messagerie, vidéoLogiciels métier et périphériques spécifiques
Remplacer l’appareil, neuf ou reconditionnéPlusieurs centaines d’eurosMatériel réellement incompatible ou insuffisantRepose la question du support dans cinq ans

Avant de trancher, vérifiez que le matériel est bien le facteur limitant. Un ordinateur jugé « trop vieux » est souvent un ordinateur dont le disque mécanique n’a jamais été remplacé : la hiérarchie des goulots d’étranglement est détaillée dans qui limite quoi entre processeur, mémoire et disque. Si le remplacement s’impose, l’indice de réparabilité et l’indice de durabilité permettent de comparer autre chose que la fiche technique. Le reconditionné reste pertinent dans cette logique, à condition de vérifier la date de fin de support du modèle et pas seulement l’état de la coque.

Ce que vous pouvez exiger, et à qui le demander

Le droit français place l’obligation sur le vendeur, pas sur le fabricant. C’est au professionnel qui vous a vendu le bien de fournir les mises à jour nécessaires au maintien de la conformité, et c’est à lui que la réclamation s’adresse, même si le correctif est écrit à l’autre bout du monde. La garantie légale de conformité couvre deux ans, avec une présomption d’antériorité du défaut.

En amont de l’achat, l’information est également due. Le fabricant doit indiquer au vendeur professionnel la durée pendant laquelle les mises à jour logicielles restent compatibles avec les fonctionnalités du bien, et le vendeur doit mettre cette information à disposition de l’acheteur. Cette date est la seule donnée opposable : une promesse commerciale de « sept ans de mises à jour » lue dans une annonce n’a pas la même valeur qu’une durée affichée sur la fiche produit.

Enfin, le code de la consommation interdit l’obsolescence programmée, définie comme le recours à des techniques, y compris logicielles, visant à réduire délibérément la durée de vie d’un produit. Le délit est puni de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende, montant pouvant être porté à 5 % du chiffre d’affaires annuel moyen. Les manquements à l’information précontractuelle se signalent à la DGCCRF ; pour une aide pratique à la démarche, les conseillers numériques et les structures France Services accompagnent ce type de dossier.

Le règlement sur la cyberrésilience déplacera la ligne fin 2027

Le cadre européen ne s’arrête pas à l’écoconception. Le règlement sur la cyberrésilience, adopté en 2024, impose à tout produit comportant des éléments numériques, de la caméra connectée au logiciel vendu séparément, de définir une période de support pendant laquelle les vulnérabilités seront traitées. Cette période doit être d’au moins cinq ans, sauf si la durée d’utilisation attendue du produit est plus courte, et les mises à jour de sécurité doivent rester accessibles bien au-delà de leur publication.

Le calendrier est déjà écrit : les obligations de signalement des vulnérabilités activement exploitées s’appliquent depuis le 11 septembre 2026, et les obligations principales, avec le marquage de conformité, s’appliqueront à partir du 11 décembre 2027. À cette date, un produit connecté vendu dans l’Union devra annoncer sa date de fin de support comme il annonce aujourd’hui sa consommation électrique.

Pour une entreprise ou une association, cette échéance déplace aussi la charge de la preuve. Faire tourner un parc hors support ne sera plus seulement imprudent au regard de l’obligation de sécurité du RGPD, ce sera un écart par rapport à un cadre produit explicite. C’est l’un des points de départ du socle de sécurité d’une petite structure. Les campagnes de rançongiciel visent en priorité les systèmes sans correctifs, parce qu’ils se repèrent à distance et se compromettent sans effort.

Le critère à retenir

Avant d’acheter un appareil, posez une seule question au vendeur, et exigez une réponse datée : jusqu’à quelle date ce modèle recevra-t-il des correctifs de sécurité ? Pas « combien d’années », qui ne veut rien dire tant qu’on ignore le point de départ, mais une date sur un calendrier. Si personne ne sait répondre, vous venez d’apprendre quelque chose sur le produit. Et si une mise à jour installée entre-temps dégrade l’appareil, la conduite à tenir relève d’un autre réflexe, décrit dans que faire quand une mise à jour casse quelque chose.

Questions fréquentes

Mon ordinateur hors support va-t-il s’arrêter de fonctionner ?

Non. Aucun mécanisme ne désactive un système à la fin de son support. La machine démarre, les fichiers s’ouvrent, l’imprimante imprime. Ce qui change est invisible : chaque faille publiée après cette date reste ouverte pour toujours sur cet appareil. La dégradation visible arrive plus tard, par la compatibilité : navigateurs qui cessent d’être mis à jour, applications qui exigent une version plus récente du système, périphériques neufs sans pilote.

Puis-je continuer à utiliser Windows 10 sans risque si je fais attention ?

« Faire attention » protège du hameçonnage, pas d’une faille exploitée par une page web ou un document. Si vous devez prolonger, inscrivez la machine au programme de mises à jour de sécurité étendues tant qu’il existe, retirez les comptes administrateurs inutiles, et surtout maintenez une sauvegarde hors ligne. Un poste hors support qui manipule des données professionnelles est un manquement à l’obligation de sécurité du RGPD, pas seulement un risque personnel.

Un téléphone reconditionné reçoit-il encore des mises à jour ?

Cela dépend entièrement du modèle, pas de l’état de l’appareil ni du grade esthétique. Un modèle retiré de la vente il y a six ans n’est plus couvert par la garantie de cinq ans de l’écoconception, même vendu neuf sous blister. Avant d’acheter, cherchez la date d’arrêt de commercialisation du modèle et la date de fin annoncée des correctifs de sécurité. Les points de contrôle sont détaillés dans ce qu’il faut vérifier sur un reconditionné.

Passer à Linux est-il une vraie option pour un particulier ?

Pour un usage de navigation, bureautique, messagerie et vidéo, oui, et cela prolonge la vie d’une machine de cinq à dix ans. Les blocages réels sont ailleurs : un logiciel métier qui n’existe que sous Windows, un périphérique professionnel sans pilote, un jeu avec dispositif anti-triche, ou l’absence de quelqu’un pour dépanner. Les distributions à support long fournissent des correctifs pendant cinq ans, parfois dix. Le choix se pose en termes de compatibilité, pas de goût.

Le vendeur doit-il m’indiquer la durée des mises à jour avant l’achat ?

Oui. Le code de la consommation impose au fabricant d’informer le vendeur professionnel de la durée pendant laquelle les mises à jour logicielles restent compatibles avec les fonctionnalités du bien, et au vendeur de mettre cette information à la disposition de l’acheteur. En magasin, elle figure rarement sur l’étiquette et souvent dans la fiche technique en ligne. L’absence d’information est signalable à la DGCCRF, qui contrôle l’information précontractuelle.

Sources et pour aller plus loin

Les liens ci-dessus renvoient vers les textes et les organismes cités. Les dates de consultation sont celles de la dernière relecture, le 13 septembre 2026.