Indice de réparabilité, indice de durabilité : ce que la note sur 10 mesure
Cinq critères notés sur 20, une moyenne calculée par le fabricant lui-même, neuf catégories de produits, et depuis 2025 un indice de durabilité qui y ajoute la fiabilité. Mode d’emploi avant l’achat.
La rédaction d’ExpliquePublié le 13 septembre 20269 min de lectureRelu par la rédaction
En bref
L’indice de réparabilité est une moyenne de cinq notes sur 20 : documentation, démontabilité, disponibilité des pièces, prix des pièces et un critère propre à la famille de produits. Il est calculé par le fabricant selon une grille officielle, affiché à côté du prix depuis 2021, et contrôlé après coup par la DGCCRF. Il ne mesure ni la fiabilité, ni la résistance aux chutes, ni la présence d’un réparateur près de chez vous. Depuis 2025, l’indice de durabilité le remplace catégorie par catégorie et intègre enfin la fiabilité.
Sommaire
En rayon, une étiquette annonce 8,2 sur 10 en vert foncé à côté d’un téléphone. Le modèle voisin affiche 7,4 en vert clair. L’écart paraît mince et rassurant. Il ne répond pourtant pas à la seule question qui compte : dans trois ans, quand l’écran se fendra, combien coûtera la pièce et qui la posera.
Cette note existe depuis le 1er janvier 2021. Elle vient de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire de février 2020, dite loi AGEC, et son affichage à proximité du prix est obligatoire, en magasin comme en ligne. Elle est utile, elle a fait bouger des conceptions de produits, et elle est très mal lue.
Depuis 2025, le paysage se complique : un indice de durabilité la remplace progressivement, et une étiquette européenne attribue au même téléphone une seconde note de réparabilité, sur une autre échelle. Savoir laquelle vous regardez est devenu la première compétence à acquérir.
Une note sur 10 qui est en réalité la moyenne de cinq notes sur 20#
L’indice de réparabilité n’est pas une appréciation globale d’expert. C’est une addition. Cinq critères sont notés chacun sur 20 selon une grille réglementaire, le total sur 100 est divisé par dix, et le résultat s’affiche avec une décimale.
Un code couleur accompagne le chiffre : rouge en dessous de 2, orange de 2 à 4, jaune de 4 à 6, vert clair de 6 à 8, vert foncé au-delà de 8. Ce code est là pour être vu de loin, ce qui explique une bonne partie des malentendus : deux appareils du même vert peuvent avoir des profils opposés, l’un excellent en démontabilité et catastrophique en prix des pièces, l’autre l’inverse.
Le vendeur doit mettre le détail des cinq sous-notes à votre disposition, sans frais, au même endroit que la note globale. C’est ce détail qui a de la valeur, pas la moyenne.
Ce que chaque critère mesure, et ce qu’il laisse de côté#
Critère noté sur 20
Ce qui est mesuré
Ce qui échappe à la note
Documentation
Nombre d’années pendant lesquelles le fabricant s’engage à fournir gratuitement la documentation technique et les schémas, aux réparateurs et aux particuliers
La qualité et la langue de cette documentation
Démontabilité
Nombre d’étapes pour atteindre les pièces prioritaires, outils nécessaires, type de fixation, caractère non destructif du démontage
Le temps réel d’intervention et le risque de casse pendant l’opération
Disponibilité des pièces
Durée d’engagement en années et délai de livraison annoncé, en distinguant les pièces réservées aux professionnels de celles vendues aux particuliers
Le stock réellement tenu et la couverture géographique
Prix des pièces
Rapport entre le prix moyen des pièces prioritaires et le prix de vente de l’appareil neuf
Le coût de la main-d’œuvre, souvent la moitié de la facture
Critère spécifique
Sous-critères propres à la famille de produits : pour les téléphones, l’assistance à distance gratuite et l’information sur les mises à jour
Varie d’une catégorie à l’autre, donc peu comparable
La lecture de ce tableau donne la limite principale de l’indice : il mesure ce qui rend la réparation possible, jamais ce qui la rend probable. Un appareil qui tombe en panne deux fois plus souvent qu’un autre mais se démonte bien obtient une meilleure note. La fiabilité, la résistance à une chute, l’étanchéité et la tenue de la batterie dans le temps sont absentes du calcul. Sur ce dernier point, ce sont les usages qui décident, et la façon de ménager une batterie lithium pèse davantage que n’importe quel critère de conception.
La note est calculée par le fabricant, vérifiée seulement après coup#
Personne ne teste les appareils avant l’affichage. Le fabricant, ou l’importateur, applique lui-même la grille officielle et transmet la note au distributeur. Il doit tenir la fiche de calcul à disposition et la communiquer sur demande.
Le contrôle est donc a posteriori. La DGCCRF mène des enquêtes par sondage chez les distributeurs et les fabricants, et y relève régulièrement un taux d’anomalie élevé : absence pure et simple d’affichage, note affichée sans le détail, ou calcul discutable sur un critère. L’absence d’affichage expose à une amende administrative ; une note sciemment gonflée relève de la pratique commerciale trompeuse, un délit puni de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende, montant pouvant être porté à 10 % du chiffre d’affaires annuel moyen.
L’obligation ne couvre pas tout le rayon. Elle vise cinq catégories depuis 2021, téléphones, ordinateurs portables, téléviseurs, lave-linge à hublot et tondeuses à gazon électriques, auxquelles s’en sont ajoutées quatre en novembre 2022 : lave-linge à chargement par le dessus, lave-vaisselle, aspirateurs et nettoyeurs haute pression.
Tout le reste échappe à l’affichage : consoles de jeu, écouteurs sans fil, montres connectées, imprimantes, enceintes, tablettes. Pour ces produits, l’absence de note ne signifie rien de bon ni de mauvais, elle signifie qu’aucun texte ne l’exige. Le raisonnement d’achat repose alors sur les mêmes questions posées directement au vendeur, en particulier pour les appareils dont la batterie est collée et dont le remplacement conditionne toute la durée de vie, comme l’explique le diagnostic d’une autonomie qui s’effondre.
L’indice de durabilité ajoute la fiabilité, qui manquait#
La loi AGEC prévoyait dès l’origine que l’indice de réparabilité soit remplacé par un indice plus large. C’est chose faite depuis 2025, catégorie par catégorie : les téléviseurs affichent un indice de durabilité depuis janvier 2025, les lave-linge ménagers depuis avril 2025. Les autres familles gardent l’indice de réparabilité tant que l’arrêté qui les concerne n’est pas paru.
Le nouvel indice conserve les critères de réparabilité et leur ajoute un bloc de fiabilité : résistance aux contraintes et à l’usage intensif, facilité d’entretien et de maintenance, existence d’une garantie commerciale étendue offerte par le fabricant, et, pour les téléviseurs, durée de fourniture des mises à jour logicielles. La note reste sur 10, avec le même code couleur.
Le même téléphone porte désormais deux notes qui se contredisent#
Depuis le 20 juin 2025, tout téléphone portable et toute tablette mis en vente dans l’Union européenne portent une étiquette énergie comparable à celle des lave-linge. On y trouve une classe énergétique, mais aussi une classe de réparabilité de A à E, l’endurance de la batterie exprimée en cycles, une classe de résistance aux chutes et l’indice de protection contre la poussière et l’eau. Les valeurs sont établies selon un protocole de mesure harmonisé et déposées dans une base de données européenne publique.
Le même règlement d’écoconception impose au fabricant de fournir les pièces détachées pendant au moins sept ans après la fin de commercialisation du modèle, de proposer les mises à jour du système d’exploitation pendant au moins cinq ans après cette même date, et de concevoir une batterie qui conserve au moins 80 % de sa capacité après 800 cycles de charge.
Indice français
Classe européenne
Échelle
Note de 0 à 10 avec une décimale
Classe de A à E
Qui produit la valeur
Le fabricant, avec une grille nationale
Le fournisseur, selon un protocole harmonisé, déposé dans une base européenne
Ce qui pèse le plus
Documentation, prix des pièces
Démontage, délai de fourniture des pièces, durée du suivi logiciel
Produits couverts
Neuf familles définies en France
Téléphones et tablettes dans toute l’Union
Autres informations
Le détail des cinq sous-notes, sur demande
Cycles de batterie, résistance aux chutes, étanchéité
Rien n’interdit qu’un appareil bien noté en France décroche une classe médiocre à l’échelle européenne. Ce n’est pas une erreur de l’un ou de l’autre, c’est un désaccord de pondération. Quand les deux divergent, la classe européenne est la plus difficile à embellir, puisqu’elle repose sur des mesures normalisées et publiées.
Les trois chiffres qui valent mieux que la note globale#
La durée d’engagement sur les pièces, et sa date de départ. C’est le piège le plus coûteux. L’engagement, cinq ans pour les téléphones et ordinateurs portables selon le droit français, sept ans pour les téléphones selon le règlement européen, court à partir de la fin de commercialisation du modèle, pas à partir de votre achat. Un modèle sorti il y a trois ans et bradé en fin de série n’offre pas la même couverture réelle qu’un modèle qui vient d’arriver, à note identique.
Le prix de l’écran et de la batterie rapporté au prix de l’appareil. Au-delà d’un tiers du prix neuf pour une seule pièce, la réparation ne se fait presque jamais, quelle que soit la démontabilité. C’est ce ratio, et non la note, qui décide du sort de l’appareil le jour de la panne.
La durée du suivi logiciel. Un appareil parfaitement réparable qui ne reçoit plus de correctifs de sécurité devient un problème différent, traité dans ce qu’il faut faire à la fin du support d’un système. La règle pratique est simple : la durée de vie utile d’un appareil connecté est la plus courte des deux, mécanique ou logicielle. C’est aussi la raison pour laquelle le contenu réel d’une mise à jour mérite d’être compris avant de la repousser.
Réparer ou remplacer : ce que le bonus réparation change dans le calcul#
Le fonds réparation créé par la loi AGEC finance une partie de la facture des appareils électriques et électroniques, à condition de passer par un réparateur portant le label QualiRépar. La remise est déduite directement de la facture, sans avance de frais, pour un montant de l’ordre de quelques dizaines d’euros selon l’appareil et la panne. Elle ne s’applique pas si l’appareil est encore couvert par une garantie, puisque la réparation devrait alors être gratuite.
Ce calcul vaut aussi pour l’informatique. Sur un ordinateur portable, une panne d’alimentation ou un remplacement de stockage coûte une fraction du prix d’une machine neuve, et le gain de performance obtenu est souvent supérieur : la répartition des rôles entre processeur, mémoire vive et SSD explique pourquoi une mémoire doublée réveille une machine qu’on croyait morte. Avant de conclure à l’usure matérielle, le diagnostic d’un téléphone lent ou celui d’un ordinateur lent évite bien des remplacements inutiles.
Ne comparez jamais deux notes globales à une décimale près. Demandez trois chiffres au vendeur, et exigez-les par écrit s’il hésite : combien d’années de pièces restent à courir pour ce modèle précis, combien coûtent l’écran et la batterie en pourcentage du prix affiché, et jusqu’à quand le logiciel sera suivi. Un appareil noté 6,5 qui répond bien à ces trois questions vaut mieux qu’un 8,5 qui n’y répond pas.
Questions fréquentes
Un indice de 8 sur 10 garantit-il que l’appareil sera réparé ?
Non. La note mesure ce qui rend la réparation possible, pas ce qui la rend probable. Elle ignore la fiabilité du produit, la densité du réseau de réparateurs, le tarif de la main-d’œuvre et le fait qu’un atelier accepte ou non d’intervenir sur ce modèle. Un appareil bien noté qui tombe en panne deux fois plus souvent qu’un autre coûte plus cher sur sa durée de vie. Regardez plutôt le détail des cinq sous-notes, en particulier le prix des pièces et la durée d’engagement du fabricant.
Où trouver le détail des cinq notes d’un produit ?
Le vendeur doit le mettre à votre disposition sans frais, au même endroit que la note globale : en magasin sur demande à côté du prix, en ligne à proximité immédiate de l’indice, le plus souvent derrière un lien ou un onglet. Ce détail contient la fiche de calcul par critère. S’il est introuvable, c’est déjà une information : demandez-le par écrit au vendeur, et signalez le manquement à la DGCCRF si personne ne répond.
Pourquoi mon téléphone porte-t-il deux notes de réparabilité différentes ?
Parce que deux textes se superposent. L’indice français note sur 10 selon une grille nationale, où la documentation et le prix des pièces pèsent lourd. L’étiquette énergie européenne, obligatoire pour les téléphones et tablettes depuis juin 2025, attribue une classe de A à E selon un protocole de mesure harmonisé qui valorise le démontage et la durée du suivi logiciel. Les deux évaluent le même appareil avec des pondérations différentes, et peuvent donc se contredire.
L’indice de durabilité s’ajoute-t-il à l’indice de réparabilité ?
Non, il le remplace, catégorie par catégorie. Un téléviseur affiche un indice de durabilité depuis janvier 2025, un lave-linge depuis avril 2025. Les autres familles conservent l’indice de réparabilité tant que l’arrêté correspondant n’est pas publié. En pratique, lisez l’intitulé sous le pictogramme : il nomme l’indice affiché.
Le bonus réparation s’applique-t-il à un appareil encore sous garantie ?
Non, et c’est logique : sous garantie légale de conformité, la remise en état doit être gratuite, pièces et main-d’œuvre comprises. Le fonds réparation prend le relais après, pour les appareils électriques et électroniques confiés à un réparateur labellisé QualiRépar. Le montant, de l’ordre de quelques dizaines d’euros selon l’appareil, est déduit directement de la facture.
Les liens ci-dessus renvoient vers les textes et les organismes cités. Les dates de consultation sont celles de la dernière relecture, le 13 septembre 2026.
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