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Écrire de bons prompts

Un bon prompt fournit de la matière, pas des adjectifs

Une consigne ne donne pas un ordre à un assistant qui comprend votre intention : elle restreint la zone où il cherche sa réponse. Voici les six blocs qui la délimitent, et celui qui pèse le plus.

En bref

Une consigne n’est pas un ordre donné à quelqu’un qui devine votre intention : c’est un texte qui restreint la zone dans laquelle le modèle va puiser sa réponse. Six blocs suffisent à la délimiter : le destinataire, la tâche, la matière, les contraintes, le format et un ou deux exemples. Celui qui change le plus de choses est la matière, la seule que vous soyez seul à détenir. Les adjectifs flatteurs, les titres d’expert et les injonctions à ne pas se tromper ne produisent, eux, aucun effet mesurable.

Sommaire

Vous demandez à un assistant : « écris un mail à mon propriétaire au sujet du chauffage ». La réponse arrive en trois secondes, bien bâtie, polie, avec un objet et une formule finale. Elle ne contient ni la date des pannes, ni la température relevée dans le salon, ni le fait que vous avez déjà téléphoné deux fois. Rien n’y est faux. Rien n’y est utilisable.

Le réflexe suivant consiste à insister : « écris un mail vraiment professionnel et percutant ». Le texte se durcit, gagne trois adverbes et perd un peu de clarté. La substance ne bouge pas, puisque la substance manquait dans la demande, pas dans la réponse.

Une bonne consigne ne se distingue pas d’une mauvaise par sa politesse ni par ses adjectifs. Elle s’en distingue par la quantité d’information que vous étiez seul à détenir et que vous avez effectivement transmise.

Une consigne ne commande pas, elle restreint

Un modèle de langage calcule à chaque étape la probabilité de chaque mot suivant possible, à partir de tout le texte déjà présent. Votre consigne fait partie de ce texte. Elle ne déclenche pas une exécution : elle déplace des probabilités. Le mécanisme est détaillé dans le fonctionnement d’un modèle de langage.

La conséquence pratique est immédiate. Un mot n’apporte quelque chose que s’il est discriminant, c’est-à-dire s’il se rencontre plus souvent autour des textes que vous visez qu’autour de tous les autres. « Professionnel », « efficace », « de qualité », « clair » se rencontrent partout : ils ne restreignent presque rien. « Lettre de réclamation », « compte rendu de réunion », « note de synthèse pour un comité de direction », « courrier de mise en demeure » désignent des genres réels, avec leurs codes, leur longueur habituelle et leur vocabulaire propre. Ces trois mots-là valent dix adjectifs.

Deuxième conséquence, plus rarement notée : le registre de votre consigne déteint sur celui de la réponse. Une demande tapée en abrégé, sans ponctuation, obtient un texte plus relâché que la même demande écrite en phrases complètes. Soigner sa consigne n’est pas une politesse envers la machine, c’est un réglage.

Les six blocs, et ce que coûte l’absence de chacun

Une consigne complète répond à six questions que le modèle ne peut pas trancher tout seul. Chaque bloc absent n’est pas laissé vide : il est comblé par une valeur moyenne, tirée de la masse des textes d’entraînement. Cette moyenne est exactement ce qui donne le style tiède que tout le monde reconnaît.

BlocQuestion à laquelle il répondCe qui arrive s’il manque
DestinataireQui va lire, avec quel niveau de connaissanceRegistre moyen, souvent trop scolaire ou trop jargonnant
TâcheQuel verbe d’action, sur quoi exactementRéponse hors sujet ou traitement d’un seul morceau de la demande
MatièreQuels faits, chiffres, dates, textes fournisGénéralités plausibles, inventions sur les détails vérifiables
ContraintesLongueur, ton, ce qu’il faut éviter, prioritésLongueur et niveau de détail arbitraires, à retravailler
FormatSous quelle forme la réponse est utilisableUn texte à découper au lieu d’un livrable
ExemplesÀ quoi ressemble une réponse réussieStructure imprévisible d’une exécution à l’autre

Le constructeur de prompt du site assemble les cinq premiers blocs dans cet ordre et signale ceux que vous avez laissés vides. L’ordre compte : la tâche se place tôt, le format se place tard. Sur une consigne longue, les instructions du début et de la fin sont les mieux respectées, et celle qui est enfouie au milieu d’un paragraphe dense est la première à sauter.

Le rôle ne sert pas à ce que l’on croit

« Tu es un avocat expert en droit du travail. » Cette ouverture est devenue un réflexe. Elle n’ajoute aucune compétence : le modèle ne consulte pas plus de textes juridiques après qu’avant, et il n’a toujours accès à aucune base de jurisprudence. Ce qu’elle modifie vraiment, c’est le vocabulaire et l’assurance du ton. Une erreur formulée en langage d’avocat est plus difficile à repérer qu’une erreur formulée en langage courant, ce qui rend le procédé légèrement contre-productif sur les sujets sensibles. L’assurance excessive a son propre mécanisme, décrit dans la complaisance des assistants.

La distinction utile n’est pas entre bon et mauvais rôle, mais entre rôle joué et destinataire visé. Le second travaille beaucoup plus fort que le premier. « Explique à une locataire qui n’a jamais lu un bail » impose un niveau de langue, une longueur, un choix d’exemples et l’interdiction implicite du jargon. « Tu es un juriste chevronné » n’impose rien de tout cela.

La matière est la seule chose que vous soyez seul à détenir

Un modèle sait produire une lettre de réclamation type. Il ne sait pas que votre téléphone est tombé en panne quatorze mois après l’achat, qu’il a coûté 549 euros, qu’il est passé deux fois au service après-vente et que le vendeur invoque l’usure normale. Tant que ces éléments ne sont pas dans la consigne, ils seront remplacés par des passages génériques ou, pire, par des détails inventés qui ressemblent à ce que vous auriez pu dire.

C’est le point de contact direct avec le mécanisme des hallucinations : le modèle ne dispose d’aucun état « je ne sais pas ». Une case vide dans votre demande devient une phrase plausible dans sa réponse.

Fournir la matière suppose de savoir ce qui compte. Pour un litige d’achat, ce sont la date, le prix, la preuve d’achat et l’historique des démarches, exactement les éléments que réclame la garantie légale de conformité. Pour une réponse à un courriel, la matière est le courriel lui-même, collé intégralement, plutôt qu’un résumé de mémoire.

Une limite s’impose au passage : tout ce que vous collez quitte votre appareil. Avant d’envoyer un contrat, un bulletin de salaire ou le message d’un tiers, regardez ce que devient une conversation, ce qui est conservé et par qui, dans ce que deviennent vos échanges avec une IA. Anonymiser les noms et les numéros coûte trente secondes et ne dégrade presque jamais le résultat.

Deux exemples valent mieux qu’un paragraphe de description

Décrire un format prend cinq lignes et laisse place à l’interprétation. Montrer deux sorties attendues prend trois lignes et ne laisse presque rien à interpréter. Un modèle imite bien mieux qu’il ne comprend une spécification : c’est la technique dite des exemples, ou apprentissage en contexte.

Deux ou trois exemples suffisent dans l’immense majorité des cas. Au-delà de cinq, le gain devient marginal et la consigne s’alourdit. Deux précautions valent d’être connues, parce qu’elles produisent des échecs discrets.

  • Variez les exemples. Si vos deux modèles commencent par le même mot ou traitent du même sujet, le modèle copiera ce mot et ce sujet, pas seulement la structure. Un troisième exemple volontairement différent casse cette imitation excessive.
  • Montrez aussi un cas limite. Un exemple où l’information manque, avec la sortie attendue dans ce cas précis (« champ vide » ou « inconnu »), vaut mieux qu’une phrase d’instruction sur le sujet. C’est le meilleur garde-fou contre le remplissage automatique des cases vides.

Ce levier est particulièrement efficace quand la sortie doit être réutilisée par un autre outil, tableau ou fichier structuré. Les règles propres à ces cas sont réunies dans l’art d’imposer un format de sortie.

Ce que les formulations d’insistance ne changent pas

Une part importante des consignes circulant sur les réseaux repose sur des tournures dont l’effet mesuré est nul ou négatif. Elles coûtent des jetons, encombrent le contexte et rassurent l’utilisateur sans rien améliorer.

Les interdictions posent un problème d’un autre ordre. Écrire « ne parle pas du prix » place le mot prix dans le contexte, donc dans la zone de probabilité. Le résultat est irrégulier : parfois respecté, parfois exactement le contraire. La formulation positive est plus fiable. Remplacez « ne mentionne pas nos difficultés de trésorerie » par « limite-toi à ces trois points : le calendrier, les livrables, l’interlocuteur ». Ce qui n’est pas dans la liste n’a plus besoin d’être interdit.

Découper plutôt qu’empiler

« Résume ce rapport, identifie les risques, propose un plan d’action et rédige le mail de transmission. » Quatre tâches, une seule réponse, et en général une seule des quatre correctement traitée. Le constructeur de prompt signale d’ailleurs les tâches qui contiennent plusieurs verbes reliés par « et ».

Le découpage a un avantage que l’on sous-estime : il vous rend la main entre chaque étape. Vous corrigez la liste des risques avant que le plan d’action ne se construise dessus. Dans une demande unique, une erreur commise à l’étape deux contamine silencieusement les étapes trois et quatre.

Le découpage a aussi une limite. Chaque échange s’ajoute au contexte et le remplit, avec les effets décrits dans la fenêtre de contexte : au-delà d’un certain volume, les consignes du début pèsent moins. Quand un fil devient long, la bonne pratique consiste à repartir d’une conversation neuve en y recollant les seules conclusions utiles. Ce qui persiste d’une session à l’autre, et ce qui disparaît, relève de la mémoire des assistants.

Tester une consigne comme on teste une recette

Une consigne qui a bien marché une fois n’est pas une bonne consigne : c’est peut-être un bon tirage. Deux tests coûtent une minute et tranchent la question.

Les défauts les plus fréquents ont été recensés et corrigés un par un dans les dix erreurs de consigne les plus répandues. Et quelle que soit la qualité de la formulation, la sortie reste à contrôler : la méthode tient en cinq gestes, décrits dans la vérification d’une réponse d’IA.

Le critère à retenir

Avant d’envoyer, relisez votre consigne comme si vous la remettiez à un intérimaire compétent, arrivé ce matin, qui ne connaît ni le dossier, ni les personnes, ni l’usage prévu du document, et qui n’a pas le droit de vous poser la moindre question. Tout ce qui lui manquerait manque au modèle. La différence est qu’un intérimaire viendrait vous voir, alors que le modèle, lui, comblera.

Questions fréquentes

Faut-il vouvoyer l’assistant et être poli avec lui ?

La politesse n’a aucun effet sur la qualité du raisonnement : il n’y a personne à froisser. Elle a un effet indirect sur le style, parce que le registre de votre consigne déteint sur celui de la réponse. Une demande écrite en phrases complètes, ponctuées, obtient un texte plus tenu qu’une demande tapée en abrégé. Vouvoyer ou tutoyer ne change rien tant que vous restez cohérent d’un bout à l’autre de la consigne.

Est-ce que commencer par « tu es un avocat expert » améliore la réponse ?

Très peu, et pas de la façon espérée. Le titre ne confère aucune compétence supplémentaire : le modèle ne consulte pas plus de droit qu’avant. Il modifie surtout le vocabulaire et le niveau d’assurance du texte, ce qui peut rendre une erreur plus difficile à repérer. Nommer le destinataire et le genre de document attendu produit un effet nettement plus net que nommer un rôle prestigieux.

Faut-il écrire ses consignes en anglais ?

Pour un sujet français, non : le contexte français fait partie de ce que vous devez fournir, et le traduire deux fois ajoute une source d’erreur. La consigne anglaise a un seul avantage réel, mécanique : elle consomme moins de jetons, donc coûte un peu moins cher et laisse plus de place dans la fenêtre de contexte. Le détail figure dans le découpage en jetons et le français.

Combien de temps faut-il passer à écrire une consigne ?

Le temps se justifie par la réutilisation, pas par l’enjeu. Pour une demande unique, trente secondes et deux allers-retours suffisent. Pour une tâche que vous referez chaque semaine (un compte rendu, un résumé de dossier, un classement de messages), il est rentable d’y passer une demi-heure une fois, de conserver la consigne dans un fichier texte et de l’améliorer à chaque usage. Une consigne réutilisée est un outil, pas un message.

Pourquoi la même consigne donne-t-elle deux réponses différentes ?

Parce que le mot suivant est tiré au sort dans une distribution de probabilités, avec un paramètre de dispersion souvent appelé température. Deux exécutions identiques divergent donc naturellement. C’est un test gratuit : relancez deux fois la même consigne. Si les deux réponses diffèrent seulement par la formulation, la consigne est bien cadrée. Si elles diffèrent par le contenu, la structure ou la longueur, c’est la consigne qui est sous-déterminée, pas le modèle qui est capricieux.

Sources et pour aller plus loin

Les liens ci-dessus renvoient vers les textes et les organismes cités. Les dates de consultation sont celles de la dernière relecture, le 13 septembre 2026.