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Box et wifi à la maison

2,4, 5 et 6 GHz : plus la fréquence monte, plus le débit monte et la portée tombe

Chaque bande wifi est un compromis réglé par la physique et par la réglementation : spectre disponible, traversée des murs, puissance autorisée. Voici comment choisir, et ce que le wifi 7 change vraiment en France.

En bref

Une bande basse traverse mieux les murs, une bande haute transporte plus de données : c’est le seul arbitrage qui compte. Les 2,4 GHz portent loin mais n’offrent que trois canaux non recouvrants, saturés dans tout immeuble. Les 5 GHz apportent près de 500 MHz de spectre en France, au prix d’une portée moindre et de coupures liées à la détection radar. Les 6 GHz sont libres de voisinage mais réservés à l’intérieur, à faible puissance, et l’Europe n’en a ouvert que 480 MHz contre 1 200 aux États-Unis. Choisissez par le nombre de murs, pas par le chiffre du carton.

Sommaire

L’interface de la box propose trois cases : « 2,4 GHz », « 5 GHz », « 6 GHz ». Aucune explication, sinon une promesse de rapidité pour la dernière. Dans la cuisine, le téléphone reste obstinément accroché à la première et plafonne à 40 Mb/s, alors que la troisième affichait 900 Mb/s deux pièces plus tôt.

Ce comportement n’est ni un bug ni un défaut de réglage. Il découle d’une loi physique simple : plus une onde monte en fréquence, plus elle transporte d’information et moins elle franchit d’obstacles. Toute la conception du wifi domestique consiste à arbitrer entre ces deux effets, sous des contraintes de spectre que la réglementation européenne et l’ANFR fixent bande par bande.

Une seule loi commande le reste : la fréquence contre les murs

À puissance égale et à distance égale, doubler la fréquence ajoute environ six décibels d’affaiblissement en espace libre, c’est-à-dire divise la puissance reçue par quatre. Entre 2,4 et 5 GHz, l’écart est déjà de six à sept décibels avant même de rencontrer un obstacle. Entre 2,4 et 6 GHz, il approche huit décibels.

Les matériaux creusent encore l’écart. Une onde courte est absorbée davantage par l’eau et par les matériaux denses, et se diffracte moins bien autour d’un angle : elle contourne mal une cloison, là où une onde longue « déborde ». Un mur en béton qui coûte 12 dB à 2,4 GHz en coûte facilement 18 à 20 à 6 GHz. C’est pourquoi les 6 GHz sont excellents dans la pièce du point d’accès et médiocres à l’étage, sans étape intermédiaire.

La conséquence pratique tient en une phrase : la bonne bande dépend du nombre d’obstacles, pas de la puissance de la box. Aucune antenne, aucun réglage ne compense un plancher en béton armé. La table des affaiblissements par matériau figure dans le diagnostic d’un wifi lent.

Ce que chaque bande offre réellement en France

Le spectre n’est pas une ressource illimitée que le fabricant choisit : il est attribué par l’ANFR, dans le cadre européen. Les chiffres ci-dessous sont ceux applicables en France, pour un usage domestique.

BandeFréquences ouvertesCanaux de 20 MHzPuissance maximaleContraintes
2,4 GHz2 400 à 2 483,5 MHz13 annoncés, 3 non recouvrants100 mWPartagée avec Bluetooth, micro-ondes, babyphones
5 GHz bas5 150 à 5 350 MHz8200 mWIntérieur uniquement, détection radar au-dessus de 5 250 MHz
5 GHz haut5 470 à 5 725 MHz111 WDétection radar obligatoire, coupures possibles
6 GHz5 945 à 6 425 MHz24200 mW en intérieurIntérieur, WPA3 obligatoire, matériel wifi 6E ou 7 requis

Trois lectures s’imposent. D’abord, la rareté du 2,4 GHz : treize canaux affichés mais trois utilisables sans se marcher dessus, dans une bande que tous les objets connectés se disputent. Ensuite, la générosité du 5 GHz : dix-neuf canaux, soit près de 500 MHz, ce qui reste la bande la plus polyvalente pour un logement français moyen. Enfin, la propreté du 6 GHz : aucun matériel ancien n’y émet, donc aucun voisinage, mais une portée qui s’arrête à peu près au premier mur porteur.

Le DFS, la vraie raison des coupures de 5 GHz

Au-dessus de 5 250 MHz, la bande est partagée avec des radars météorologiques et aéronautiques, qui sont prioritaires. Les équipements wifi doivent donc appliquer une sélection dynamique de fréquence : avant d’émettre sur un canal, le point d’accès l’écoute pendant au moins soixante secondes, et dix minutes sur les canaux proches des radars météorologiques. S’il croit détecter une impulsion radar en cours de fonctionnement, il quitte le canal immédiatement, sans prévenir.

Du côté de l’utilisateur, cela se traduit par un réseau qui disparaît une minute puis revient, souvent le soir, parfois plusieurs fois par semaine. Aucun redémarrage ne corrige durablement le phénomène, et c’est un cas où le redémarrage de la box ne peut rien. La correction consiste à fixer manuellement un canal bas, entre 36 et 48, au prix d’un spectre plus disputé.

Wifi 4, 5, 6, 6E, 7 : ce que chaque génération apporte vraiment

Les noms commerciaux masquent les normes. Le wifi 4 correspond à 802.11n, le wifi 5 à 802.11ac, le wifi 6 à 802.11ax, le wifi 7 à 802.11be. Le wifi 6E n’est pas une norme distincte : c’est le wifi 6 autorisé à utiliser la bande des 6 GHz.

GénérationBandesApport principalCe qu’on gagne en pratique
Wifi 42,4 et 5 GHzPlusieurs flux simultanésSuffisant pour la vidéo haute définition
Wifi 55 GHz seulementCanaux de 80 MHz, modulation denseLe premier palier réellement confortable
Wifi 62,4 et 5 GHzDécoupage d’un canal entre plusieurs appareils, coloration des réseaux voisins, veille programméeBeaucoup mieux en logement chargé, autonomie des objets connectés
Wifi 6EAjoute les 6 GHzSpectre vierge de voisinageDébit élevé dans la pièce du point d’accès
Wifi 72,4, 5 et 6 GHzUsage simultané de plusieurs bandes, canaux de 320 MHz, modulation encore plus denseLatence plus stable ; le débit de pointe reste théorique en Europe

Retenez la nuance qui compte : à partir du wifi 6, les progrès portent moins sur la vitesse d’un appareil seul que sur la capacité à servir vingt appareils sans s’effondrer. C’est exactement le problème d’un foyer moderne, où le nombre d’objets connectés dépasse largement le nombre d’occupants. Le débit de pointe, lui, se heurte vite à ce que l’accès délivre : inutile d’installer un lien radio à 2 Gb/s sur une ligne qui plafonne à 300 Mb/s.

La montée en fréquence obéit à la même logique que le réseau mobile

L’arbitrage entre portée et débit ne concerne pas que le wifi. Les opérateurs mobiles font le même calcul à l’échelle d’un territoire : les bandes basses, autour de 700 MHz, couvrent des kilomètres et pénètrent les bâtiments, les bandes hautes de la 5G transportent beaucoup plus de données sur quelques centaines de mètres. C’est le même compromis, décrit dans le fonctionnement du réseau mobile et dans ce que la 5G apporte vraiment.

Une différence importante subsiste : un opérateur possède ses fréquences en exclusivité, alors qu’un réseau wifi partage les siennes avec tous ses voisins, sans coordination. C’est ce qui rend le choix de bande beaucoup plus dépendant du contexte immédiat, immeuble ou maison isolée, que d’une règle générale.

Pourquoi les 2,4 GHz ne disparaîtront pas

La bande la plus encombrée est aussi la plus indispensable, et cette contradiction n’est pas près de se dénouer. Trois raisons la maintiennent en service.

La première est la portée. Dans une maison à étages, au fond d’un jardin, dans un garage ou une cave, les 2,4 GHz passent là où les 5 GHz ne passent plus. Un portail connecté, une caméra extérieure ou une station météo n’ont besoin que de quelques dizaines de kilobits par seconde, mais ils ont besoin d’atteindre la box.

La deuxième est le parc installé. L’écrasante majorité des objets connectés vendus en France, ampoules, prises, thermostats, robots, capteurs de température, n’embarquent qu’une radio 2,4 GHz, pour une raison de coût et de consommation. Un composant bibande coûte plus cher et vide plus vite une pile. Ces objets resteront en place dix ans.

La troisième est la compatibilité de secours. Quand un appareil ne parvient plus à s’associer, la bande basse reste le dernier point d’entrée disponible, y compris pour reconfigurer une box dont le réglage radio a été mal choisi.

La bonne pratique n’est donc pas de désactiver les 2,4 GHz, mais de les réserver à ce qu’ils font bien. Concrètement : maintenir la bande active en 20 MHz de large, sur le canal 1, 6 ou 11, y laisser les objets connectés et les usages lointains, et guider les appareils exigeants vers les bandes hautes en les plaçant simplement plus près du point d’accès. Une bande étroite paraît un renoncement ; c’est en réalité ce qui donne le plus de portée utile, puisque la même puissance se concentre sur un spectre plus resserré.

Un seul nom de réseau, sauf raison précise

Faut-il publier un nom de réseau par bande, ou un seul pour toutes ? Par défaut, un seul. La box et l’appareil négocient alors la bande la plus adaptée, et la bascule se fait sans intervention quand vous changez de pièce. Des mécanismes normalisés d’assistance à l’itinérance permettent au point d’accès de suggérer un meilleur candidat, mais la décision finale revient toujours au client.

Deux exceptions justifient des noms séparés. La première est le diagnostic : forcer une bande pendant dix minutes et comparer les mesures, ce qui suppose une méthode de mesure rigoureuse. La seconde est la mise en service d’objets connectés qui ne comprennent que les 2,4 GHz : ampoules, prises, capteurs, dont l’assistant d’installation échoue si le téléphone est associé à un réseau 5 GHz au même moment.

Étendre la couverture sans perdre la moitié du débit

La bande choisie change complètement l’efficacité d’un relais. Un boîtier qui répète en utilisant la même radio pour parler à la box et aux appareils divise mécaniquement le débit par deux. Un système maillé tribande réserve une bande, en général les 5 ou les 6 GHz, à la liaison entre ses nœuds : la division disparaît, et les appareils gardent tout le temps d’antenne des autres bandes.

Trois principes de pose valent mieux que n’importe quel modèle : placer le relais à mi-chemin et non dans la zone morte, préférer un câble Ethernet dès qu’une gaine existe, et vérifier que les nœuds partagent le même nom de réseau et la même clé. Une clé longue, tirée comme une phrase de passe, est plus facile à dicter à un invité qu’une suite de seize caractères imprimée sous la box.

Pensez aussi au logiciel : la prise en charge d’une bande ou d’un mécanisme d’itinérance arrive parfois par une mise à jour du micrologiciel de la box ou de l’appareil, ce qui est une raison de plus de ne pas repousser les mises à jour.

Le critère à retenir devant une offre wifi

Ne comparez pas les chiffres imprimés sur les cartons : ils additionnent les débits théoriques de toutes les bandes, y compris celles que vos appareils n’utiliseront jamais en même temps. Comptez plutôt les murs entre le point d’accès et l’endroit qui pose problème, puis demandez-vous si la bande la plus haute y arrivera encore. Si la réponse est non, c’est un second point d’accès qu’il faut, pas une génération de plus. Et rappelez-vous qu’un débit se lit en mégabits, alors que les fichiers se comptent en mégaoctets : la conversion est expliquée dans octets, gigaoctets et Gio, et le besoin réel se chiffre avec le calculateur de débit nécessaire.

Questions fréquentes

Faut-il donner le même nom aux réseaux 2,4 et 5 GHz ?

Oui dans la grande majorité des cas. Un nom unique laisse la box et l’appareil négocier la bande, et permet une bascule automatique quand vous vous éloignez. Les noms séparés ne se justifient que dans deux situations : pendant un diagnostic, pour forcer une bande et comparer, et pour les objets connectés qui ne comprennent que les 2,4 GHz et refusent de s’associer à un réseau mixte lors de leur configuration initiale.

Mon téléphone reste sur le 2,4 GHz alors que le 5 GHz est plus rapide, pourquoi ?

Parce que c’est l’appareil qui décide, pas la box. Un client wifi choisit son point d’accès selon la puissance reçue, et le 2,4 GHz arrive toujours plus fort. Il a aussi tendance à rester accroché à son réseau tant que la liaison n’est pas franchement mauvaise, un phénomène connu sous le nom d’adhérence. Une box récente peut l’inciter à changer en refusant temporairement l’association, mais elle ne peut pas l’y contraindre.

Le wifi 7 vaut-il le surcoût en France ?

Rarement pour un usage domestique en 2026. Sa nouveauté la plus visible, les canaux de 320 MHz, n’existe qu’à un seul exemplaire dans les 480 MHz ouverts en Europe. Son apport réellement utile est l’exploitation simultanée de plusieurs bandes par un même appareil, qui stabilise la latence. Avant d’investir, vérifiez d’abord ce que votre accès délivre : le calcul est expliqué dans le débit dont vous avez réellement besoin.

Pourquoi mon wifi 5 GHz disparaît quelques minutes sans raison ?

Le plus souvent à cause du mécanisme de détection radar imposé au-dessus de 5 250 MHz. Si le point d’accès croit détecter un radar, météorologique ou aéronautique, il doit quitter le canal immédiatement et écouter le nouveau pendant au moins soixante secondes avant d’y émettre, dix minutes sur les canaux voisins des radars météorologiques. Forcer un canal bas, entre 36 et 48, supprime le phénomène.

Un répéteur bibande ou tribande, quelle différence ?

Un boîtier bibande utilise la même radio pour parler à la box et à vos appareils : il consomme deux fois le temps d’antenne pour transporter une fois les données. Un boîtier tribande réserve une radio à la liaison avec la box, et ne subit donc pas cette division. La différence de débit derrière le relais va souvent du simple au double, pour un écart de prix bien plus faible.

Sources et pour aller plus loin

Les liens ci-dessus renvoient vers les textes et les organismes cités. Les dates de consultation sont celles de la dernière relecture, le 13 septembre 2026.